Pourvu qu’on ait l’ivresse de Laëtitia Ryskala
Quand la douleur trouve son écho : Il est des livres dont la musique s’infiltre en nous dès les premières lignes. Des romans qui ne cherchent pas à embellir les fêlures, mais à en capter les résonances les plus intimes. C’est exactement ce que j’ai éprouvé en refermant Pourvu qu’on ait l’ivresse, le roman de Laëtitia Ryskala. Porté par une plume d'une grande fluidité, presque mélodique, ce récit est une plongée bouleversante au cœur des non-dits, des addictions et des rencontres qui sauvent.
Deux trajectoires, une même faille
L’histoire, c’est d’abord celle de deux solitudes que rien ne prédestinait à se croiser :
Camille, trente ans, submergée par un deuil et un passé trop lourd, qui noie dans l’alcool une douleur devenue intenable.
Bastien, dix-sept ans, adolescent écorché vif issu de l’aide sociale à l’enfance, qui tente d’anesthésier par la drogue la terreur de l’abandon et les silences qui brisent.
Leur rencontre ressemble à un court-circuit du destin. Pourtant, entre cette femme et ce jeune homme se produit un phénomène rare : ils se reconnaissent. Pas dans ce qu’ils montrent, mais dans ce qu’ils cachent. Deux êtres cabossés qui partagent la même blessure à vif et pour qui l'ivresse n'est plus une fête, mais un rempart contre le vide.
À cette trame s'ajoute une dimension chorale et transgénérationnelle : les lettres de Lou, une adolescente dont les mots viennent peu à peu éclairer les ombres du passé, soulevant des secrets enfouis et liant ces destins à travers le temps.
Des personnages d’une vérité saisissante
Ce qui m’a profondément marquée, c’est l’authenticité des protagonistes. Chaque personnage a une voix propre, une couleur, un rôle indispensable dans la toile que tisse l’autrice. Il n’y a aucun manichéisme, aucun jugement moralisateur. On s’attache immédiatement à Camille comme à Bastien, parce que leurs réactions, leurs doutes et leurs chutes sonnent terriblement vrai. Laëtitia Ryskala parvient à disséquer la mécanique infernale de la dépendance avec une pudeur et une précision chirurgicale.
Le calvaire des spectateurs : quand la fiction rejoint l'intime
Si ce roman a trouvé un écho si particulier en moi, c’est qu’il aborde de plein fouet une réalité que j'ai côtoyée de très près. Ayant moi-même été confrontée à l’alcoolisme au sein de ma propre famille, avec ma mère et mon beau-père, j’ai reconnu dans chaque page la justesse de cette épreuve.
On parle souvent de la souffrance de celui ou celle qui sombre, mais que dire du calvaire de ceux qui restent ? De ces proches réduits au rôle d’impuissants spectateurs face à des êtres qui ne savent plus dire « stop » ?
Le livre met des mots déchirants sur cette réalité :
L’usure des mots qui n’ont plus de prise,
L’impossibilité d’aider quelqu’un qui s’enfonce,
Et surtout, cette peur viscérale d’être aspiré avec eux dans leur chute libre, piégé dans les barreaux invisibles de leur propre prison.
Pourquoi il faut lire ce roman
Loin d’être un simple drame sur l’addiction, Pourvu qu’on ait l’ivresse est avant tout un livre sur la résilience et le pouvoir réparateur de l’autre. C’est la preuve qu’au milieu du chaos, certaines rencontres agissent comme un miroir bienveillant capable de nous réapprendre à respirer.
Si vous aimez les fresques familiales émouvantes, les récits de reconstruction et les romans où l’émotion affleure à chaque phrase sans jamais verser dans le pathos, laissez-vous emporter par cette histoire. Elle ne vous laissera pas indemne.
Et vous ?
Avez-vous déjà lu les écrits de Laëtitia Ryskala ? Quels sont les livres qui ont su, selon vous, aborder la question des addictions et des fêlures familiales avec le plus de justesse ? Échangeons en commentaires !
