« Mon beau miroir » de Cynthia Kafka
Et si vous détestiez les parcs d'attractions... jusqu’à y perdre vos repères ?
Il y a des livres qu’on ouvre par curiosité, et d’autres qui débarquent sur votre table basse au moment exact où la météo change, où l’on a besoin de se blottir dans un plaid avec une tasse fumante — disons un thé vert ou une bonne infusion de verveine pour chasser la grisaille.
Pourtant, partons d'une confession : je ne suis pas une grande fan des parcs d’attractions. Ce bruit, cette foule, cette artificialité permanente... Rien de tout cela ne m'appelle. Et pourtant, avec « Mon beau miroir » de Cynthia Kafka (paru le 10 septembre dernier aux éditions Charleston), je me suis complètement prise au jeu.
Quand le décor devient un piège brumeux
L’histoire nous entraîne à Brumeval, un parc d'attractions isolé, loin des sentiers battus et des bruits de la ville. C’est précisément ce huis clos qui a basculé ma perspective. En posant les yeux sur ces décors brumeux, j'ai compris que le parc n'était pas juste un décor de fond : il devient un personnage à part entière, enveloppant le récit d'une atmosphère de cosy mystery profondément psychologique et envoûtante. C'est le genre d'ambiance rare qu'on savoure à l'automne, quand la frontière entre le réel et l'imaginaire s'efface.
Le festival des gaffes et des proverbes revisités
Mais si je devais retenir une seule chose, celle qui a fait chavirer mon cœur de lectrice, c’est bien l’humour. Étant une grande fan de proverbes en tout genre, j'ai ri à gorge déployée à chaque invention, chaque erreur et chaque maladresse de Marie-Lou. Ses petits ratés linguistiques et ses expressions tordues apportent une bouffée d'oxygène hilarante et tellement humaine.
Au cœur de cette brume, sa rencontre avec Gabriel — le gérant du lieu, aussi mystérieux que respectueux — fait des étincelles. Oubliez les romances lisses : ici, on savoure une trope de fausses fiançailles menée en slow burn, portée par une « gêne synchronisée » délicieuse. Entre les regards fuyants, les gestes retenus et ces fameux proverbes réinventés à la sauce Marie-Lou, c'est un régal absolu. On referme un chapitre en se reconnaissant dans ces failles-là, cousues de fil tendre par la plume toujours bienveillante de l'autrice.
L'objet-livre : entre magie et petit casse-tête
Côté forme, l'expérience se prolonge. Les éditions Charleston ont mis le paquet avec un objet-livre audacieux : des cartes de tarot et un petit miroir intégré pour déchiffrer des messages écrits à l'envers. Le jeu de piste est visuellement percutant. Mais soyons honnêtes — c'est là que ma vision de lectrice s'est frottée à la réalité du terrain : si l'idée est brillante, j'ai trouvé ce gimmick parfois un peu accessoire, voire un peu laborieux à manipuler le soir au coin du feu quand on veut simplement se laisser porter par les mots sans avoir à jouer les détectives avec son miroir ou son téléphone en mode selfie.
RÉSUMÉ :
Un parc d’attractions hanté. De fausses fiançailles. Un automne pour tout changer.
Pour sauver son agence événementielle de la faillite, Marie-Lou est prête à tout. Y compris à s’installer dans un parc d’attractions en proie à des incidents inexpliqués et d’étranges rumeurs de fantômes… Sa mission ? Faire revenir les visiteurs. Mais avant cela, elle aura besoin de se faire accepter par les habitants des lieux, peu enclins à accueillir une étrangère dans leur petite communauté – même lorsqu’elle prétend être la fiancée de Gabriel, le nouveau gérant.
Quels secrets cherchent-ils à protéger ? Et qui s’affaire à saboter les attractions ? Pour le découvrir, Marie-Lou devra apprivoiser ses peurs, résister à l’attirance troublante qu’elle ressent pour Gabriel et déchiffrer de curieux messages écrits à l’envers...
Grâce au miroir glissé dans cet ouvrage pour une expérience de lecture inédite, percez les mystères du parc de Brumeval !
Née en 1979 dans l’Oise, Cynthia Kafka est une ancienne professeure des écoles. Blogueuse, rédactrice puis autrice, elle a d’abord diffusé ses livres en autoédition avant d’être repérée par une maison d’édition. Ses romans abordent avec humour et bienveillance des questions intimes ou de société, et célèbrent le pouvoir des rencontres. Elle vit en Dordogne avec sa fa
La porte ouverte
Au final, ce roman est un très joli succès de rentrée littéraire. Il nous rappelle qu'on peut apprivoiser des univers qu'on pensait détester, pourvu qu'on y entre par la grande porte de l'intime et du mystère.
Et vous, seriez-vous prêts à vous perdre dans les brumes de Brumeval le temps d'une lecture ? Préparez votre thé, l'automne vous tend les bras.
