"Ce que disent les silences" : Quand la plume de Laure Manel réveille mes racines bretonnes

Il est des livres qui ne se contentent pas de raconter une histoire, mais qui viennent percuter la nôtre. D’un côté, il y a la plume talentueuse de Laure Manel ; de l’autre, un secret de famille qui se déploie admirablement sur la sauvage et mystérieuse île d’Ouessant. En tant que Bretonne et Finistérienne de naissance, ce roman ne m'a pas seulement touchée : il m'a transportée.

Un voyage sensoriel au bout du monde

Lire Laure Manel, c'est accepter de sentir le crachin breton sur son visage et de respirer l’air

iodé à pleins poumons. À travers ses mots, j'ai retrouvé les embruns marins caressant mes

joues et cette brume si particulière qui vient masquer les phares et les îles lointaines.

L'auteur a su capturer chaque détail de Ouessant avec une justesse infinie : du nom des

oiseaux que l'on croise sans toujours savoir les nommer, jusqu'à cette nature brute qui impose

le respect. Pour moi qui vis désormais dans le Colorado, ce bout de terre est apparu comme un

sanctuaire de paix, un pont entre mon présent américain et mon regard tourné vers l'horizon,

là-bas, vers ma terre natale.

Adèle ou le miroir de mon passé

Le personnage d’Adèle m’a bouleversée. Son parcours a remué en moi des souvenirs que je

croyais enfouis, venant parfois raviver d'anciennes blessures. La puissance du récit réside dans

ces vérités familiales : même si elles sont douloureuses à entendre, elles demandent à être

confrontées.

Je suis née en 1974, une année qui me permet de visualiser et d'accepter le contexte de

l'époque, sans pour autant tout approuver. En filigrane, j'ai vu l'ombre de ma propre mère et le

courage de Nolwenn. Ce livre pose une question universelle : que faisons-nous des silences de

ceux qui nous ont précédés ?

Le poids des secrets en terre bretonne

Les secrets de famille sont légion en Bretagne. Pour nos ancêtres, ils étaient une protection,

une légende nécessaire ; pour les nouvelles générations, ils deviennent souvent un fardeau.

Étant moi-même née d’un secret, j’ai avancé avec ce regard des autres posé sur moi. J'ai donc

admiré la ténacité d'Adèle. Laure Manel a merveilleusement décrit ce "caractère bien trempé" :

nous, les Bretons, sommes ce mélange de rusticité, de fierté et de délicatesse. J'ai retrouvé

dans le personnage de Marie la fermeté de ma propre grand-mère, et dans la douceur de Jean,

la figure de mon grand-père.

Un hommage aux racines

Dans le Finistère, la femme est la tête du clan : persévérante, protectrice, pilier de la famille.

Laure Manel rend un hommage vibrant à ces racines ouessantines et à cette identité si forte.

Je tiens à remercier l’auteur pour ce travail de recherche et cette passion qui transpire à chaque

page. Merci d’avoir si bien parlé de nous, de nos entêtements et de notre cœur.

Comme le dit le dicton breton : « Une seule foi, une seule langue, un seul cœur. » Et je

rajouterai simplement : on y revient toujours.

Sonia Kermen

Écrivaine bretonne installée aux États-Unis depuis 17 ans, Sonia Kermen est également philanthrope, poète et auteure de livres bilingues pour enfants, d'un roman à suspense et d'une autobiographie. Passionnée par le pardon et la résilience, elle s'inspire de ses propres expériences de vie pour inspirer les autres. Son cheminement personnel, des études de psychologie à une carrière d'enseignante, a profondément influencé son approche de l'écriture. Passionnée par la photographie, la cuisine, la randonnée et la lecture, Sonia trouve son inspiration dans les mille et un détails de la vie. Ses écrits, tissés d'expériences personnelles, offrent aux lecteurs des récits riches en émotions et en authenticité. Sonia vit actuellement à Boone, en Caroline du Nord, avec son mari, ses enfants et son chien.

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